ENTRETIEN AVEC IDRISSE RYADHUI-DINE 100BLAGUES

Dans l’une des rues les plus visitées de la ville d’Orléans se passe en ce moment un évènement unique et précieux que tous les amoureux de cette ville, de l’Histoire et de l’Art ne sauraient manquer. En effet, si vous êtes de ceux dont le froid pique le cœur et que le vent étourdit, alors promenez-vous rue Parisie, et, au détour de cette ruelle, vous découvrirez un petit trésor…La Galerie Comores Art, qui a ouvert ses portes depuis le 25 septembre 2010. Idrisse Ryadhuidine 100blagues, le gérant nous a accordé un entretien.

Lirexpress : Avant toute chose, concernant Comores Arts, pouvez-vous nous rappeler les moments forts de votre parcours et les rencontres qui ont marqué le danseur et comédien que vous êtes ?

100BLAGUES :Depuis 1993, année où je suis monté pour la première fois sur scène, j’ai vécu des moments forts, pleins d’émotions, de partages artistiques et de rencontres qui ont bouleversé ma vie de danseur et de comédien. Je me rappelle encore de mon 1er prix en 1998, de ma rencontre avec les ONG, qui m’ont permis de créer et d’interpréter sur scène des sujets de sensibilisations tels le Choléra, le SIDA, la planification familiale, la scolarisation des jeunes filles et j’en passe d’autres plus dramatiques. C’était en 2001. Je venais de créer la Compagnie Bahari avec laquelle j’ai appris à me rendre utile et à véhiculer des messages d’espoir pour notre société. Grâce à la Compagnie Bahari, je décroche mon premier spectacle international à l’Ile de la Réunion. En 2003, je représente ma création de danse contemporaine à Madagascar, ensuite suivent mes tournées internationales avec la Cie Bahari, au Nigéria, au Mozambique et à Madagascar, le prix Gombessa, 2006,  récompensant la meilleure création en danse contemporaine, et la plus émotionnelle, ma tournée en France et dans quelques pays européens au sein des troupes françaises, et maintenant, je continue avec ma Galerie Comores Arts, en qualité de gérant, mais surtout, de promoteur de l’Art comorien.

Lirexpress : Pouvez-vous nous parler plus en détail de cette Galerie Comores arts ?

100BLAGUES : Oui bien sûr, il s’agit d’une Galerie de vente en équitabilité des produits d’art et d’artisanat Comoriens. C’est une façon de promouvoir l’art, l’artisanat, les artistes, les artisans comoriens ou de la diaspora. Mais également, la diffusion d’œuvres littéraires, musicales et autres. Nous vendons dans nos rayons, les livres publiés par des écrivains comoriens, édités, particulièrement,  dans des maisons d’éditions comoriennes. Nous proposons aussi des objets d’art, des objets de décoration, des épices, des tissues, des CD et DVD d’artistes comoriens issus de la diaspora, des bijoux, des coquillages, des boissons labélisées Comores, des produits cosmétiques et plus particulièrement les huiles essentielles des Comores….

Lirexpress : Comment l’idée de créer une Galerie est-elle née ?

100BLAGUES :C’est tout simplement pendent mes tournées théâtrales à travers la France entre 2006 à 2008 au cours desquelles j’ai découvert les Comptoirs des pays voisins des Comores comme Madagascar, Maurice, Tanzanie et autres,  mais aucun pour mon Pays les Comores. Pour l’artiste que je suis, celui qui a tant donné, sué et qui a eu la chance d’atterrir dans ce pays d’ouverture offrant beaucoup d’opportunité aux créateurs, il était impératif de faire quelque chose qui mettrait en valeur la culture comorienne. Ainsi est née la Galerie Comores Arts, pour promouvoir l’Art, l’artisanat et la culture des Comores.

Lirexpress : Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec le théâtre ?

100BLAGUES : Dès mon jeune âge, j’ai été déjà passionné du théâtre, celui pratiqué par l’UJSI, l’union des jeunes scolaires de ma ville d’Iconi.  Et ma rencontre avec un acteur de talent surnommé Gabin en référence à l’inimitable Jean Gabin, et la création de la Compagnie Bahari, ont contribué à mon apprentissage au théâtre, et depuis, je ne cesse de me surprendre.

Lirexpress : Vous êtes donc passé de la danse contemporaine, de la comédie, car vous en avez fait, à l’écriture du théâtre. Que trouvez-vous dans le théâtre que vous ne trouvez pas dans les autres genres littéraires ?

100BLAGUES :J’avais privilégié la danse, des ballets, mettant en valeur le gestuel, le mimique, avec des textes courts, écrits par moi-même. Et ma rencontre, aujourd’hui, avec un éditeur qui a vu mes créations, a abouti, à ce que je qualifie maintenant, d’une nouvelle découverte, une envie de perfectionner l’écriture scénique, qui faisait défaut dans mes spectacles. Dans le théâtre je découvre et trouve la vie quotidienne ; « le théâtre c’est la vie et la vie c’est du théâtre ».

Lirexpress : Quand avez-vous commencé à écrire des pièces et pourquoi ?

100BLAGUES :C’était en 1999, à la demande d’un ONG qui m’a suggéré d’écrire et de jouer une pièce  pour une campagne de sensibilisation pour la Planification familiale. Ensuite naissent les pièces l’inconscience d’un peuple et vivent les morts, pour ne citer que de ces deux-là qui ont rencontré beaucoup de succès scéniques.

Lirexpress : Vous semblez porter un jugement parfois très critique sur la société comorienne, par exemple sur les pratiques religieuses, les rapports entre celles-ci et les traditions ancestrales qui, dans votre pièce Vivent les morts, conduisent au bannissement, au suicide.

100BLAGUES : Oui effectivement, car tout artiste a toujours son regard tourné vers la société qui l’entoure. Je ne dirais pas que c’est mon cas de critiquer, car je ne porte pas de regard critique, je deviens le témoin d’une réalité qui dépasse l’entendement, alors, j’essaie de dire cette réalité que l’on feint de voir. Ici, je ne cherche pas à critiquer la religion encore moins à mettre en conflit celle-ci avec la tradition : je constate et je parle, avec mes mots à moi, sévères pour certains mais justes pour ceux qui souhaiteraient voir leur quotidien se transformer en vie meilleure.

Lirexpress : Votre pièce l’inconscience d’un peuple traite de problèmes de société (les rapports entre les politique et le peuple, les relations entre les hommes et les femmes, la famille, les problèmes économiques). Qualifieriez-vous votre théâtre de « théâtre social » ?

100BLAGUES : Peut être mais je dirais plutôt un clin d’œil sur la société politicienne et la réaction de la société civile car les éléments parasites en profitent, incarnés dans la pièce par le « caméléon ». Car les hommes, les femmes et la vie économique iraient mieux si les « politiques et les caméléons » oublient leur égo et se sacrifient pour la nation…

Lirexpress : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

100BLAGUES : A court terme la sortie prochaine de mes deux pièces de théâtre qui doivent paraître avant la fin de l’année ; une tournée en préparation pour la compagnie Bahari et bien d’autres choses en rapport avec ma nouvelle fonction de gérant de Comores Arts.

Lirexpress : Que souhaitez-vous que l’on retienne de votre travail ?

100BLAGUES : L’amour de l’art, de la danse et de la culture comorienne…Et surtout dire enfin que les choses sérieuses ont commencé et que désormais le comique 100BLAGUES ne blague plus avec la nonchalance, avec la paresse et avec l’assistanat. Et que vive l’Art dans sa généralité !

Propos recueillis par Lirexpress