LE POUVOIR DES MOTS: Hitswa shiyi tsi sumbwi, par Dr Saïd Soilihi (RIP)

papaLes éditions Kalamu des îles, à travers son spécialiste de la langue comorienne, le linguiste Saïd Soilihi, a cette ambition d’aider le comorien à penser la langue et ses éléments pour qu’ils n’aliènent pas sa pensée mais lui permette au contraire de retrouver son authenticité. Aujourd’hui, Kalamu des îles  vous propose le mot Hitswa avec toutes ses connotations. Bonne lecture, chers amis(es)!

Hitswa shiyi tsi sumbwi

Nous partons de ce proverbe comorien qui veut dire “ mauvaise tête ne veut pas dire tête pointue) pour présenter la diversité sémantique du mot “hitswa ” qui signifie tête.

Le mot hitswa renferme une multitude de sens suivant le contexte dans lequel il est employé. Dans la langue vulgaire, hitswa, suivi d’un adjectif s’emploie quand on veut insulter quelqu’un.

hitswa sumbwi : tête pointue · hitswa nyendo : tête à la forme d’un marteau · hitswa pandje : tête d’un poisson à la forme d’une hache. · hitswa mridjo : tête comparée à une coque d’une noix de coco vide. L’expression peut avoir le sens de tête vide ou tête ronde.

Des fois, des parents énervés, utilisent des expressions méchantes à l’encontre de leurs enfants sans le vouloir:

mdwautsindziha shehitswa shahahe : que sa tête soit coupée ! –mdwaupuha shehitswa shahaho : que ta tête soit amputée !

Dans la langue soutenue, hitswa présente autre chose. Dans certains cas, on emploie hitswa pour désigner une qualité. · hitswa shiyi : shiyi est un adjectif qui signifie mauvais. Employé après hitswa, prend le sens d’une personne têtue. · hitswa shema : shema est l’adjectif bon en français mais le sens en comorien n’est pas le même dans l’expression. Même si shiyi et l’opposé de shema, hitswa shema peut prendre le sens d’une tête bien faite, en d’autre terme, on l’attribue en français le sens d’intelligent. Le contraire de hitswa shema est hitswa shidziro qui veut dire tête lourde. C’est lourde dans la mesure où la personne ne comprend plus rien ce qu’on lui raconte. · Hitswa shangu s’oppose à hitswa shidziro mais pas dans le sens de la pesanteur mais dans la facilité de comprendre les choses et de les retenir sans difficultés.

Dans une phrase comme hapuwa shehitswa halatsa, qui signifie littéralement “ il a coupé la tête et l’a jetée ”, on a un autre sens. Ceci veut dire qu’il n’écoute personne mais il ne fait qu’à sa tête, dans une société dans laquelle l’individu s’efface devant le groupe. Hapuwa shehitswa halatsa veut dire faire n’importe quoi. D’habitude, on l’aligne avec le mot mnahararamu ( bâtard). Yemnaharamu woyi hapuwa shehitswa halatsa.

Pour une personne ayant une facilité à mémoriser, à analyser et à comprendre facilement les choses, on dit  » ngena hitswa shangu« ( tête légère) ou hitswa shema qui n’a rien avoir avec la beauté. La personne qui a shehitswa shema la qualité d’une personne intelligente ou éveillée.

CCOILILIHI_BOUQUINSPour parler d’un état physique, on emploie hitswa avec l’adjectif mwade ( malade). Yemwana nge mwade shehitswa ( l’enfant est malade la tête ( a mal à la tête) avoir des douleurs). Pour désigner un fou, on peut aussi dire wola hamenyeha shehitswa ( celui-là a la tête abîmée, celui-là est fou) ; mais on peut également dire nge mwade shehitswa sans observer le sens d’un mal de tête.

Si dans un regroupent des gens, le chef a été arrêté on dit que  » shehitswa shizingarwa qui est différent de hazingara shehitswa ( il a tenu la tête).

Sur le plan familial, l’aîné est toujours appelé hitswa daho ( la tête de la famille). A la Grande Comore, si hitswa daho maîtrise bien les festivités sociales, il peut surpasser son oncle et les décisions au niveau de la famille ne peuvent être prises sans lui.

Dans la phrase : ngapvo mdru yapulwa shehitswa ( quelqu’un a eu la tête décapitée) nous avons le sens d’une personne qui a été tuée sans forcement lui couper la tête. Quand il s’agit d’un animal on voit directement l’animal ou volaille qui a été égorgé(e) ; yenkuhu yipulwa shehitswa.

Pour celui qui a rasé ses cheveux et qui a la tête chauve, on dit « ngena hitswa mkatre«