LE MOT NTSOMA

Les éditions Kalamu des îles, à travers son spécialiste de la langue comorienne, le linguiste Saïd Soilihi (Paix à son âme), avait cette ambition d’aider le comorien à penser la langue et ses éléments pour qu’ils n’aliènent pas sa pensée mais lui permette au contraire de retrouver son authenticité. Aujourd’hui, Kalamu des îles  vous propose Le mot « ntsoma »  avec toutes ses connotations. Bonne lecture, chers amis(es)!

Nous travaillons aujourd’hui sur le mot ntsoma qui n’a rien avoir avec ntsoma « bagarre ou coup de point» dans les autres parlers et utsoma « somnoler » en shingazidja. Ntsoma signifie « instruction » dans le parler de la Grande Comore. Ce mot est une dérivation nominale du verbe usoma qui veut dire lire et apprendre. Grammaticalement, il est possible de créer d’autres verbes ou noms à partir de celui-ci sans s’écarter totalement du sens littéral. Il suffit donc de rajouter un préfixe, infixe ou suffixe pour obtenir d’autres mots. Nous avons alors msomo (instruction) ayant comme nom pluriel misomo ou masomo. Ce dernier nom ne suit pas les normes des classes nominales des langues bantoues. Les linguistes avancent la règle selon laquelle tout nom commençant par le préfixe m doit avoir comme marque du pluriel le préfixe wa s’il désigne une personne (mlimadji/walimadji) ou le préfixe mi s’il s’agit d’une partie du corps ou d’une chose. (mlima /milima; mhono/mihono). Mais comme dans toute langue il existe un régionalisme linguistique, on entend prononcer souvent dans certaines régions masomo au lieu de misomo. Comme toute langue, le comorien nous offre la possibilité de former notre conjugaison. Dans la phrase suivante : « yemwana hasomo (l’enfant a lu ou a appris), nous avons exprimé le passé accompli en shingazidja. Quand il s’agit de l’action du maître ou professeur qui dispense un enseignement à un public donné, nous aurons usomesa qui veut dire ( faire lire ou faire apprendre ) en d’autre terme, enseigner.

Si dans nos discours on est amené à exprimer une possibilité de réaliser une chose, on remplace le suffixe sa du verbe usomesa par ha pour obtenir usomeha ( peut être lu ou lisible) et ya pour former usomeya ( lire pour). Il arrive d’employer la forme passive dans nos expressions; nous aurons donc les verbes usomwa ( être lu), usomewa ( avoir lu pour) et usomesiwa ( avoir été enseigné par). La réflexion verbale en comorien se caractérise par l’insertion de l’infixe dji entre le préfixe infinitif et le radical verbal. Nous aurons alors udjisoma, udjisomesa et udjisomeya. Si la personne qui parle exprime une habitude, on emploie la particule do qui se place entre le pronom sujet et le verbe. C’est l’exemple de Ali hadosomesa isabu. La réciprocité quant à elle s’exprime par le rajout du suffixe na. Nous avons alors usomesana et usomeyana.

La langue comorienne est constituée de 4 dialectes repartis dans les îles. Ye shingazidja à la Grande Comore ; ye shimwali à Mohéli ; ye shindzuwani à Anjouan et ye shimaore à Mayotte. Malgré la diversité de ces parlers, les populations insulaires se comprennent mutuellement. Le comorien reste jusqu’alors non enseigné par le fait que l’étude grammaticale est à ses débuts. Par contre, sur le plan lexical, des dictionnaires sont disponibles

Ce manuel présente l’étude de la dérivation verbale, une partie grammaticale qui n’est pas toujours évidente pour obtenir une équivalence en français. La dérivation verbale met en relief les principaux procédés linguistiques sur la formation du verbe sous diverses formes par l’ajout d’un préfixe, suffixe ou infixe. Le manuel présente une première partie théorique sur la dérivation verbale du shingazidja. Une deuxième partie, sous forme de dictionnaire, présente un répertoire lexical des verbes ainsi formés à partir d’un verbe source. La modification interne de la structure du verbe en passant d’une forme à une autre reste la problématique du shingazidja. Les Francophones soif de connaître cette langue ont tendance à recouvrir à une équivalence en français ce qui n’est pas toujours évidente; ils se trouvent rapidement déçus car, des fois cette équivalence qui n’existe pas reste à inventer.