UN ENTRETIEN AVEC UN ÉCRIVAIN ENGAGÉ

Un entretien avec l’écrivain Nadjloudine pour la réédition de son livre « Quand le colonel ne sera pas président », paru aux Éditions Kalamu des îles, en juillet 2011.

LirExpress :Bonjour Monsieur  Nadjloudine Abdelfatah.Pour nos lecteurs, racontez-nous l’origine du projet « Quand le colonel ne sera pas président ».

Nadjloudine ABDELFATAH est actuellement étudiant en dernière année de Master de Linguistique à Sorbonne Université – Paris IV.Auteur de plusieurs livres dont des romans et des pamphlets, il a été, de 2009à 2017, enseignant de français, journaliste et consultant en suivi-évaluation de projets aux Comores.

 Nadjloudine Abdelfatah : Ce projet est né tout simplement d’un devoir de mémoire que je souhaitais accomplir. J’ai choisi de restituer une partie de l’histoire récente de mon pays au moyen de la fiction. Par-dessus tout, il faut voir à travers ce roman la prise de parole d’un témoin.

LirExpress : Pourquoi un récit sur le personnage du président de surcroît militaire?

Nadjloudine Abdelfatah : En réalité, je me suis servi du portrait de ce président pour peindre toute une réalité continentale et encore de grande actualité : la question des militaires ayant attrapé le virus politique. C’est la même explication que j’avais donnée en 2010, à Azali Assoumani, actuel président des Comores – lors d’un entretien – lorsqu’il demandait très ironiquement si c’était de lui seul qu’il s’agissait dans ce roman.

LirExpress : Qui est le Colonel Wakana Mazul ?

Nadjloudine Abdelfatah : Tout militaire qui veut devenir ou qui est déjà devenu chef d’État. Surtout quand c’est un militaire peureux.(Rires) Wakana est le verlan de Kawana, celui qui a peur de se lancer au combat, d’affronter l’ennemi, en langue comorienne.

LirExpress : Peut-on parler de roman politique ?

Nadjloudine Abdelfatah : Je pense que cette caractérisation est tout à fait juste, quoiqu’au fond il s’agisse plutôt d’un conte politique.

LirExpress : Que vous apporte l’écriture ?

Nadjloudine Abdelfatah : Le pouvoir de résister aux malheurs qui frappent l’humain.

LirExpress :Quelle est et quelle devrait être la place de l’écrivain comorien dans la société actuelle ?

Nadjloudine Abdelfatah : L’écrivain comorien n’occupe actuellement qu’une place minime dans sa société. Déjà, il est peu connu, et cela est la faute de tout le monde : lui-même, les autorités en charge de l’enseignement, etc.

LirExpress :Peut-on parler de votre livre comme d’une sépulture symbolique réservée à ce personnage?

Nadjloudine Abdelfatah : Je laisse au lecteur le soin de répondre à cette question. (Rires)

LirExpress :Comment imaginez-vous la réaction  du personnage principal réel  à peine déguisé  mis en scène dans votre livre ?

Nadjloudine Abdelfatah : A sa place, je verrais le portrait de quelqu’un qui me ressemble à quelques différences près. Ça me choquerait donc moins.

LirExpress :Votre prochain livre sera-t-il dans la même veine, à la fois engagé et politique ?

Nadjloudine Abdelfatah : Engagé, c’est certain.Politique, je m’en doute. Mais là, je parle de la portée générale, car pour moi il est impossible d’éviter de parler de politique d’un moment à l’autre dans mes écrits.

LirExpress : Avez-vous prévu une suite à ce livre ?

Nadjloudine Abdelfatah : Je vois une suite possible d’ici un an ou deux. Un avenir proche nous le dira.

LirExpress : En général, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Nadjloudine Abdelfatah : Tout ce qui fait le décor du quotidien de la société. Et l’amour.